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Brexit : « On espère un accord d’ici octobre », affirme Michel Barnier

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"Vingt ans après l’accord de paix en Irlande du Nord, Michel Barnier, négociateur en chef pour l’Union européenne, fait de cette question un point central de la négociation sur le Brexit. Toute solution trouvée devra préserver la paix sur l’île. « Il n’y a pas d’alternative », réaffirme-t-il.

Le Brexit est désormais irréversible ?

Nous sommes à un moment charnière dans cette négociation, exactement au milieu du chemin. Le 29 mars 2019, le Royaume-Uni sortira de l’Union pour devenir un pays tiers. On avance, il y a eu des accords d’étape en décembre et en mars. Mais nous n’y sommes pas encore et il ne faut pas sous-estimer les difficultés liées aux 25 % du texte sur lesquels un accord est encore à conclure. Ce qui n’a pas encore été réglé, c’est le plus difficile.

Par exemple ?

Il y a la question de la protection, des deux côtés, des indications géographiques. Les appellations d’origines contrôlées ou les marques. Un million de marques ont été protégées dans les 28. C’est un problème que nous devons traiter le plus rapidement possible. Et puis deux sujets clefs. Pour qu’il y ait un accord, il faut une solution sur la gouvernance de l’accord et le rôle de la cour de justice, et une solution opérationnelle en Irlande qui protège l’accord de paix du Vendredi saint et respecte l’intégrité du marché intérieur européen.

« Ce qui crée le risque en Irlande, c’est le Brexit »

Concernant l’Irlande, les lignes rouges semblent incompatibles entre les deux parties ?

Il faut d’abord rappeler un fait objectif. Ce qui crée le risque en Irlande, c’est le Brexit. C’est la décision prise par le Royaume-Uni de quitter l’Union et, ce qui n’est pas obligatoire en quittant l’Union, de quitter le marché unique et l’Union douanière. Je rappelle qu’il y a des pays qui sont en dehors de l’Union et qui sont dans le marché unique. Les Britanniques nous disent qu’ils veulent quitter le marché unique parce qu’ils ne veulent pas respecter les règles, et l’Union douanière parce qu’ils veulent avoir l’intégralité de leur autonomie commerciale. C’est cette décision-là qui crée le problème en Irlande.

Les Britanniques se sont engagés, en mars, à trouver des solutions…

Oui, nous avons trouvé un accord sur le cadre politique, la réaffirmation commune de l’accord de paix pour l’Irlande du Nord. Il n’y a pas d’alternative. Pas d’autre option que de préserver dans toutes ses dimensions cet accord de paix, dont c’est aujourd’hui le vingtième anniversaire. Au mois de décembre on a évoqué trois options. Ou la future relation que nous allons élaborer d’ici décembre 2020 règle la question. Sinon, les Britanniques se sont engagées à proposer des solutions spécifiques. Et sinon, il y a une solution de recours que nous avons proposée.

Une solution qui crée une frontière entre l’Irlande du Nord et le Royaume-Uni ?

Non, je ne suis pas d’accord. Elle conduirait à certains contrôles sur les échanges de marchandises comme il en existe déjà aujourd’hui, à Belfast, pour certains types d’échange qui viennent du reste du Royaume-Uni. Les produits animaux, les contrôles phytosanitaires existent. Nous ne demandons pas autre chose. Elle peut être mise en œuvre en respectant l’ordre institutionnel britannique. Si le Royaume-Uni nous propose une meilleure solution, nous la prendrons. Mais pour qu’il y ait un accord en octobre pour le retrait, il faut une solution opérationnelle pour l’Irlande.

Quel calendrier avez-vous en tête ?

Les Britanniques sortiront de l’Union le 30 mars prochain. Ils ne sortent pas du marché unique. Ils ne sortiront pas de l’union douanière avant le 31 décembre 2020. Au moment où je m’exprime, les choses sont en routes pour ces échéances. Ce qui serait logique, c’est que les choses soient fixées en octobre. À côté du traité sur la séparation, nous voulons une déclaration précise sur ce que sera la future relation. La logique idéale serait que tout le monde ait les idées claires. Entre octobre 2018 et décembre 2020, c’est peu pour finaliser, traduire la future relation juridiquement en un ou plusieurs traités ou accords internationaux.

Quelle relation future ?

À quel projet de future relation travaillez-vous ?

Sur le libre-échange, les choses sont claires. La feuille de route de mars, compte tenu des lignes rouges britanniques, nous fait travailler sur le modèle des accords existant avec le Canada, la Corée, le Japon. Parallèlement, l’architecture de la future relation repose sur quatre piliers : un accord de commerce, un pilier de coopération spécifique pour les universités, l’aviation, la recherche, un pilier de coopération judiciaire et policière, et un de défense et de sécurité. Rien de la conjoncture actuelle ne doit perturber le travail sur cet accord de long terme.

L’opposition britannique serait favorable à un maintien dans l’Union douanière…

Nous sommes prêts à toutes les options.

Y compris une option qu’on appelle Norvège + ? Qui permettrait à Londres de rester dans le marché unique comme la Norvège et dans l’union douanière comme la Turquie ?

Oui. D’ailleurs c’est la seule option sans friction et sans contrôle. Dans toute autre option il y aura des contrôles. Sur les normes, les standards ou sur les règles d’origine. Cette option est disponible, je l’ai toujours dit.

Les Britanniques renieraient ce qu’ils répètent depuis un an ?

Ils ne veulent pas revenir sur la liberté de circulation et leur autonomie commerciale.

Aucune ouverture ?

J’entends le débat britannique, mais pour l’instant je n’en vois pas de la part du gouvernement.

Quelle conséquence sur les élections de 2019 ?

Le Brexit peut-il avoir un impact sur les élections européennes de mai 2019 ?

Ce que nous faisons, c’est un traité. S’agissant des bases légales, des faits, des chiffres, nous devons faire les choses indépendamment du contexte politique. Le débat qui va s’amplifier d’ici juin 2019 évoquera le Brexit, j’imagine. Le Royaume-Uni sera sorti des institutions lors des prochaines élections. Il y aura un statu quo économique temporaire jusqu’en décembre 2020. L’élection européenne ne change rien à la ligne de négociation.

Mais il sera dans le paysage…

Je pense qu’on comprendra plus clairement conscience des avantages ou non d’être dans l’Union européenne. Pour l’instant, changera peut-être, mais je ne vois pas pour les Britanniques la valeur ajoutée du Brexit.

La complexité du Brexit a-t-elle été sous-évaluée ?

Je ne sais pas, mais je vous dirais par exemple que les Britanniques sortent le 30 mars de 750 accords internationaux, mécaniquement. 750 ! Euratom, Europol, l’agence de défense, des accords de commerce. C’est irréversible, même si la période de transition de vingt-et-un mois évite une sortie brusque. Mais juridiquement, ils quittent.

Sur la pêche

Les pêcheurs britanniques sont en colère, les pêcheurs français inquiets ? Comment allez-vous négocier ? 

Toutes les politiques communautaires sont maintenues jusqu’à la fin de la transition, le 31 décembre 2020. Concernant la pêche, nous devons négocier dans le cadre du futur accord de commerce. Nous allons travailler sur la base d’un accord équilibré entre notre accès aux eaux territoriales britanniques, et l’accès au marché européen des produits britanniques. Nous utilisons beaucoup les eaux territoriales britanniques, mais les Britanniques exportent vers le marché unique 60 % des produits transformés de la pêche. L’intérêt de trouver un point d’équilibre est réciproque."

 

Source : Laurent Marchand pour Ouest-France




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